Après avoir fait ses preuves, de manière plus ou moins éclatante à la vue de sa filmographie récente, M. Jakson (Peter, pas le pédophille) a enfin mis en scène son fantasme, ce pourquoi le virus du cinéaste s’est infiltré dans ses veines. Qui d’autre que lui aurait pu s’attaquer au mythique King Kong (1933) avec autant de convictions et de passion ?
Je vais passer rapidement sur les effets spéciaux qui sont tout bonnement sublimes. Les images de synthèses sont toutes aussi réussies les unes que les autres et l'objectif "avoué" est d’en mettre plein la vue (la charge des espèces de diplodocus est bien rendue, bien qu'un peu incohérente, le combat avec les espèces de T-Rex est intense, la scène apocalyptique du combat désespéré des humains contre les insectes et autres sangsues au fond du gouffre est tant qu'à elle assez effrayante, raison essentielle pour laquelle je déconseillerai ce film aux plus jeunes.
Côté décors, c’est pas mal du tout. La reconstitution fameuse du New York des années 30, dont la misère décrite en début de film n'est pas si souvent évoqué que cela des les films anglo saxons, l’aspect glauque et esthétiquement surprenant de l’enceinte du mur de Skull Island, la beauté sauvage de la jungle avec ses profondeurs de champs aussi belles que les décors de 1933, les rochers à fleurs d'eaux évoquant des visages simiesques : tout est travaillé à l'extrême. Au cœur de cette île ancestrale, Jackson ne fait pas que conserver et sublimer dans son métrage les séquences essentielles du premier King Kong telles que l’attaque des T-Rex (poussée à l’extrême) ou le petit pont de bois (encore plus spectaculaire).
3h de film, cela induit forcemment un développement conséquent autour des personnages. La plupart d’entre eux sont libérés de la caricature originelle.
A tout seigneur tout honneur, commençons par le roi des singes : L’animal conserve sa férocité vis-à-vis de ses adversaires antédiluviens (magnifiques combats, avec une petite pensée au dernier T-Rex affronté par Kong et dont l'animation finale, identique à celle d'O'Brien, le modéliste qui a bossé sur la même séquence du film de 1933, est tout simplement jubilatoire) et son caractère colérique face aux hommes. L’affection de Jackson pour Kong, l’envie de rendre son héros de poils attachant est évidente, le réalisateur nous montrant même un gorille boudeur (!) après les tentatives d'évasion de Naomi. A grand coup de gros plans sur son regard ténébreux, on verserait presque une larme, sur son sombre destin ! Quand on prend conscience du travail effectué sur lui (plus qu’à la motion capture, un grand bravo à Andie Serkis qui donne vie à la Bête avec panache), il y a de quoi se dire que la technologie actuelle permet de simuler, voire exalter, la réalité physique de notre monde. Cela dit, on échappe de justesse à l’histoire d’amour impossible, à l’érotisme explicite plus ou moins développés dans les films de 1976 (la douche sous la cascade) et 1933 (le strip-tease). Jackson, s’il conserve l’idée de la Belle et la Bête, dresse plus entre ses deux personnages principaux un roman d’affection doublée d'une rélle amitié qui se forge peu à peu sur l’île : l’un trouvant une petite douceur à son immense solitude, l’autre découvrant la sensibilité protectrice derrière l’apparence bestiale. La relation est déjà moins superficielle que dans les autres films. Il y a une tentative de communication autre que celle du charnel. A l'image de la salle, j'ai presque versé ma petite larme à la fin, en traitant les pilotes d'avion de tout les noms...
Naomi Watts est sublime dans son interprétation, surjouant seulement à dessin, à savoir lorsqu'elle "joue l'actrice jouant l'actrice". Elle hurle moins que ces aieules et apporte une vrais consistence à son personnage. On peut simplement regretter une "Nicole Kidmannisation" assez troublante sur de nombreux plans.
La figure du cinéaste Carl Denham prend de l’épaisseur tout en restant satirique.
Driscoll (Brody pas mal, mais un peu fade) en auteur de théâtre et tombant amoureux de l’actrice Ann Darrow, est une pilule pas nouvelle mais qui passe plutôt bien, même si ce rôle plus qu'effacé tient plus du faire valoir que de l'implication réelle dans le scénario.
L’équipage du Venture est fouillé et intéressant. Tout ce joli monde est utilisé à merveille dans un scénario assez fidèle à celui de Cooper et Schoedsack. Jackson ira même jusqu’à introduire des références explicites, comme la fausse cérémonie tribale dans le théâtre de NY, mise en scène de la même façon que celle, authentique, du film de 1933, sur la même musique de Max Steiner, le compositeur de l’original, qui plus est !
Et puisque je parle des indigènes de Skull Island, je dois avouer que la vision de Jackson est ce qui m'a le plus dérangé. Pour le coup, la caricature du sauvage est non seulement grotesque, mais en plus, on sent bien que le Peter n’est pas parvenu à se détacher de ses orcs du seigneur des anneaux. Ici, les sauvages ne parlementent pas : ils mordent, ils tuent, ils volent. Verra-t-on un jour un film où les indigènes n'ont pas la peau couleur ébène ? (je tiens à signaler que JAMAIS, dans aucun des kongs, l'îles n'est clairement située géographiquement, alors pourquoi des sauvages noirs ?)
Finalement, on retrouve dans ce King Kong tout ce que précédemment Peter Jackson avait expérimenté. De l’horreur, de l’action, de l’humour, de l’aventure, de l’extravagance. Une maîtrise remarquable des techniques tridimensionnelles, accouplée au maquettisme du bon vieux temps. Les qualités esthétique et narratologique de son remake sont à prendre en considération. Il est parvenu, je pense (j'en suis sûr, me dit mon coeur), à rendre un juste hommage à cette 8ième merveille du monde. La question est maintenant de savoir qui osera, encore une fois, faire une nouvelle version de King Kong.