Après un premier volet qui se terminait sur la période canadienne de la " triste carrière" de Mesrine, Jean-François Richet embraye sur une seconde partie située quelques temps plus tard, couvrant les années 1973 à 1979. Pas de suspense, tout le monde connaît la fin (rappelée aussi bien au début du premier film que sur l'affiche de celui-ci) : Jacques Mesrine trouvera une mort violente porte de Clignancourt, vendredi 2 novembre (pour reprendre TRUST) au volant d'une voiture transformée en gruyère par des forces de l'ordre vindicatives. Mais son image reste auréolée d'une aura d'héroïsme et de respectabilité, que Richet n'est pas prêt d'ébranler avec ce diptyque.
Entre deux évasions spectaculaires, Mesrine commet les crimes les plus audacieux, détrousse les banques et déclare à qui veut l'entendre qu'il respecte un code d'honneur inflexible. Médiatisé à outrance, il devient l' « ennemi public n°1 » et entend bien conserver ce titre...
Là où L'instinct de mort (directement inspiré du livre que Mesrine écrivit lui-même en prison) possédait un parfum de biographie appuyé, cette deuxième partie joue à fond la carte du polar dans tout ce que le genre contient d'emblématique. Les sous-genres sont traités en autant de chapitres : film de braquage, film de procès, film d'évasion... Plusieurs scènes auraient pu occuper un scénario entier, et le foisonnement des évènements décrits donnent plus l'impression d'assister à une fiction échevelée qu'à un compte rendu fidèle d'une quelconque réalité. Brigand de grand chemin équipé de flingues rutilants, se pavanant dans les plus beaux costumes, conduisant les plus belles bagnoles, ne s'attaquant qu'aux riches et n'oubliant jamais d'avoir le mot pour rire, le personnage interprété par Vincent Cassel fait penser à un sombre Belmondo des années 70. On peut s'amuser à disserter sur la dangerosité de cette glorification du personnage, présenté comme ayant la classe internationale, mais il n'y avait finalement rien de différent dans la légende bâtie autour de figures de l'ouest comme Jesse James. De la même manière, on retrouve ici un héros solitaire (pas une amitié, pas un amour ne dure plus de quelques mois) face à un shérif (le commissaire Brossard campé par un Olivier Gourmet étonnant) dont le duel avec Mesrine fait échos au "duels au soleil" ayant fait les belles heures du cinéma Hollywoodien.
A l'arrivée, le film est essentiellement un divertissement, réalisé sans fioriture et avec un sens de la tension palpable dans chaque scène. On note un fléchissement de l'intensité dans la dernière partie, où apparaît un Gérard Lanvin (affublé d'un accent du Sud qui donne l'impression constante qu'il s'apprête à raconter une histoire marseillaise) dont l'absence n'aurait pas nui à la narration de façon significative. Mais l'ensemble est solide et porté par un casting solide : Cassel (seul acteur commun aux deux films en-dehors de Michel Duchaussoy, qui joue fugitivement son père) est impeccable en bandit bedonnant et mégalo, Samuel Le Bihan et Mathieu Amalric sont d'efficaces seconds couteaux et Ludivine Sagnier joue les potiches de qualité supérieure.
Un (très) bon polard à la française, rythmé et même enlevé, qui comblera le spectateur pour peu qu'il évite de tomber dans le sempiternel débat du bien fondé des films de gangster.