Au XXIème siècle, Londres est devenu un pays (

) soumis aux lois liberticides du chancelier Sutler, Théocrate extrémiste et béliqueux, qui terrorise la population en l'assommant d'idées nouvelles à grands renforts de propagande.
Sur le point d'être violée en pleine rue par des agents de la Main - forces de l'ordre de l'époque - Evey (Nathalie Portman) est sauvée par un étrange individu masqué se faisant appeler V (Hugo Weaving). D'abord reconnaissante, elle se rendra vite compte que son bienfaiteur est mu par une sourde vengeance à l'encontre des plus hautes instances nationale...
Transposition au cinéma d'une oeuvre majeure de la bande dessinée des années 80, "V pour Vendetta version cinéma" effectue de très nombreux détours par rapport à son homologue dessiné, et proportionnelle en a été la hargne farouche des fans. Pourtant, la ligne conductrice demeure similaire : l'Angleterre est menée à la baguette, via un contrôle de l'information, une propagande sauvage, et une extermination des supposés rebus (tout amalgame avec quelque régime dictatorial que ce soit, à commencer par celui dépeint dans 1984, serait évidemment purement judicieux). Un vengeur masqué va alors entrer en scène et tout dynamiter (aux 2 sens du terme). Un génie, un homme presque sur-humain, un être paradoxalement froid et sensible, un lettré qui déclame Mac Beth tout en maniant la dague, un anarcho - terroriste qui vise à répandre une idée, un symbole dans une population qui paît un peu trop du côté de panurge.
Nous rentrons alors dans le vif du débat : certes, la cause semble juste, mais justifie-t-elle la méthode ? Animé d'un désir de vengeance, il distribue les roses pour signer un assassinat sanglant. Cette dualité, ce refus du manichéisme engendre une certaine fascination pour le personnage, et procure un réel désir d'arriver au dénouement de l'histoire (grandiose à mon sens).
Que le film soit conforme ou non à la vision de base de Moore (rappelons qu'il a renié le film) est un débat sans fin. Reste que cet auteur passe pour être inadaptable à l'écran et que la transposition de cette histoire très sensibles politiquement relevait de la gageure. Chacun pourra donc se faire son opinion et y voir de subtiles références au monde contemporain. Même si le film ne fait pas dans la dénonciation pure et dure et garde des valeurs de divertissement, les messages forts qu'il envoie ("ce ne devrait pas être à une population d'avoir peur de son gouvernement mais au gouvernement d'avoir peur de sa population", "si vous cherchez le coupable de notre situation actuelle, regardez vous donc dans la glace"...) lui confère un aspect subversif assez réjouissant.
Cette transposition n'a pas manqué de faire du bruit chez les adeptes du roman graphique et chez les personnes qui pensaient avoir à faire à un film d'action conventionnel (cause bande-annonce) et qui se sont donc trouvées dépassées par un scénario bien plus profond que le premier vandamme ou chuck norris venu. L'intérêt croît tout au long des deux heures, et - n'en déplaise aux fans et à Moore lui même - donne réellement envie de découvrir l'oeuvre graphique qui s'avère il est vrais fort différente par bien des aspects. En commençant par le film puis en lisant la BD, vous vous réservez donc 2 moments de pur bonheur contestataire...