Là aussi, le sujet est plutôt délicat.
Disons en préambule que le concept même de discrimination me gêne : pourquoi opérer une différence de traitement entre une personne et une autre, pour un motif aussi louable soit-il, alors que l'objectif final est de l'insérer professionnellement comme n'importe quel autre membre de la société ?
Cela revient à rompre le principe d'égalité des chance pour, en définitive, le favoriser à terme : On facilite l'accès à l'emploi d'une personne en fonction de sa race, sa religion, ...., car c'est d'ordinaire un frein à son embauche. Gageons que ses futurs collègues habituellement génés par le fait de travailler dans une ambiance non "monochrome" sauront bien lui faire ressentir que c'est uniquement (selon eux) grâce à une loi "injuste et discriminante" (toujours selon eux), qu'il a pu mettre un pied "chez eux" (...), et qu'il a ce faisant "pris la place d'un bon français" (...). Avouez qu'il y a de meilleurs départs professionnels possibles...
Ceci étant dit, il est indéniable que les discriminations raciales sur le marché de l'emploi persistent. En France, le chômage touche trois fois plus les étrangers d'origine non européenne et frappe d'autant plus les jeunes diplômés issus de l'immigration. Si les associations de lutte contre les discriminations et les pouvoirs publics demeurent opposés à l'instauration dans notre pays de la politique des quotas (adoptée dans les pays anglo-saxons), la réalité montre malheureusement que des actions de ce type sont inévitables pour créer une dynamique d'accès à l'emploi des étrangers.
Ainsi, les études menées par SOS-Racisme et par le Groupe d'études sur les discriminations (GED) montrent qu'en France, la première des discriminations concerne l'emploi (près de 40 % des cas), suivi par l'inégalité de traitement par la police et la gendarmerie (17 %), l'accès aux loisirs et au logement (13 % chacun). Des chiffres qui rejoignent ceux du chômage des étrangers d'origine non européenne, trois fois plus élevé que le chômage des français "de souche". Ce phénomène touche encore plus les jeunes diplômés de l'enseignement supérieur et a amené l'association française pour l'insertion des jeunes diplômés (AFIJ) à développer un programme spécifique d'accès à l'emploi : la discrimination positive.
Son but avoué est de favoriser l'embauche des personnes "issues de l'immigration" à court terme afin de créer un " effet d'entraînement " à long terme, c'est à dire lorsque l'habitude de les embaucher sera prise et que leur couleur ou leur religion ne sera plus un problème.
Disons donc qu'en l'absence de mesures incitatives, la " gestion de la diversité " n'est pas le soucis majeur des recruteurs et qu'il est encore plus difficile de trouver un emploi lorsque l'on s'appelle Mahamoudou, Rachid... ou même tout simplement Murielle.
Cette loi n'est donc pas la panacée, mais tant que le racisme perdurera, elle tiendra lieu de garde fou en tentant d'endiguer les discriminations, même si, de fait, elle en crée d'autres.